Longtemps préservés, les « Bac+ » sont aujourd’hui des travailleurs précaires, toujours moins que d’autres mais avec une « carrière » qui s’est transformée en parcours (du combattant) souvent en dents de scie. Alors il faut s’adapter, se trouver une place et construire toute de même.
Plus de 10% de chômage, on a ce chiffre au dessus de la tête comme une épées de Damoclès.
Intérimaires, CDD généralement, quant aux CDI, ils sont souvent signés dans des « entreprises de prêt » qui en fait louent leurs salariés à des entreprises pour des missions ou par des associations (institutions parapubliques) qui voient leurs subventions revotées chaque année en fonction des politiques et des budgets.
Dans ce contexte, impossible d’attendre passivement la fin de chaque contrat. Les mot d’ordre : dynamisme et polyvalence. Il faut être constamment sur le marché du travail. Il faut également regarder tous les métiers, voir quelles sont les compétences requises, trouver le lien avec son parcours pour pouvoir « se vendre », ne pas être fermé. Fini le parcours des études pour un métier. Il faut arriver à se comprendre et à faire comprendre à l’employeur que l’on peut être commercial comme chargé de prévention (finalement entre convaincre un jeune d’arrêter de fumer et le convaincre de prendre une assurance vie, y a t-il une grande différence?). Par ailleurs il faut être mobile, toujours prêt à partir à l’autre bout de la France, voir même ailleurs.
Imaginer et rester dynamique
L’imagination ultra-développée, le jeune travailleur apprend à faire le caméléon. Son bac+ en poche il se fait animateur informatique (juste pour expliquer aux plus vieux car hormis la souris, l’écran, word et google, il n’y connait rien), trouve un emploi administratif, va enseigner à des Bac+ (et tente de ne pas les démotiver), parfois il trouve un poste correspondant à ce qu’il cherche à la hauteur de ses compétences, en CDD, et une fois ses idées exploitées, pour la mise en œuvre on prend du personnel moins cher ou par une personne en CDI qu’on ne peut pas licencier, lui car il est trop ancien dans l’entreprise.
Souvent, le bac+ continu des études car, à chaque poste, il tente de faire la différence avec les autres, et puis aussi parce qu’intellectuellement, il s’ennuie. A force, sur son CV, il ne met pas tout, car après ça fait indécis, touche à tout ou surdiplômé, alors il ne parle pas de ses derniers examens à la fac, de l’organisation que cela demande de gérer études, travail, recherche d’emploi, famille.
Il s’organise et réparti le temps de son CDD en quatre parties : la première consiste à chercher les emplois dans la région et qui plaisent, la seconde les emplois dans la région mais qui ne plaisent pas (pour préserver la proximité géographique avec sa famille), la troisième tout emplois dans toutes les régions et la dernière tout emplois dans toutes les régions à n’importe quel prix.
Quand on lui demande ses qualités en entretien d’embauche, il doit faire ressortir ses expériences professionnelles, alors que c’est sa situation de trentenaire à la recherche d’un emploi qui l’a obligé à développer des plus grandes qualités professionnelles : dynamisme, organisation et surtout ne jamais être démotivé.
Pourtant le bac+ de 25-35 ans est souvent qualifié de zappeur. « Une génération qui a grandi avec une télécommande » explique-t-on. Sauf que la télécommande, ce n’est pas cette génération qui la tiens entre les mains.